• Socrate et les présocratiques

Mais qui était donc Socrate ?

Cicéron le désigne comme « le père de la philosophie ». Ce qui n’est pas vraiment exact puisqu’il a eu des précurseurs en Grèce : ceux qu’on appelle justement les « présocratiques » (voir encadré). Socrate est néanmoins considéré comme un « père fondateur » parce qu’il a influencé la plupart des grands auteurs et des écoles philosophiques grecques. À part les épicuriens, d’autres écoles de pensée grecques se sont réclamées de lui : les cyniques, (comme Diogène), les hédonistes (comme Aristippe). Mais avant tout c’est Platon, son élève, qui l’a fait entrer dans le panthéon de la philosophie et a fait connaître son œuvre à travers ses dialogues (Protagoras, Théétète, Apologie de Socrate).

Que sait-on de Socrate ?

Peu de choses en vérité : que son père était sculpteur et sa mère sage-femme. Mais de quoi vivait-il ? Certains disent qu’il était pauvre et mendiant, d’autres le voient riche et banquier ! Dans les textes qui parlent de lui, on le voit le plus souvent parler – qu’il se promène dans les rues d’Athènes ou qu’il assiste à un Banquet. Socrate était sans doute un précepteur (c’est-à-dire un éducateur qui travaillait pour les grandes familles) et en même temps un penseur itinérant qui vivait du mécénat de quelque riche aristocrate. Sa notoriété personnelle importante en faisait donc une sorte de chef d’école, de maître à penser.

Qu’a-t-il vraiment dit ?

Il n’y a pas de « système » de pensée socratique, c’est-à-dire une théorie qui explique la nature, l’être humain, le sens ultime de toute chose. La philosophie que pratique Socrate est une pratique réflexive : un art de penser et un art de vivre.

La méthode de Socrate, telle que Platon nous l’a rapportée dans les Dialogues, ne consistait pas à délivrer des vérités, ou même à contester de front les thèses de ses interlocuteurs. La démarche consistait à mettre en doute les certitudes établies en posant une série de questions troublantes. Devant la jeunesse cultivée athénienne, il aimait provoquer ses contradicteurs. Il demande, par exemple, à Protagoras : qu’est-ce que la vertu ? Est-elle « une » ou bien y en a-t-il plusieurs formes ? Peut-elle s’enseigner ? Par un questionnement faussement naïf, il pousse ainsi son interlocuteur à des contradictions (appelées « apories »), puis à un aveu d’ignorance, enfin à une formulation nouvelle du problème. Socrate était le fils d’une sage-femme. Sa méthode maïeutique vise à faire accoucher son interlocuteur des vérités qu’il a en lui.

Socrate ne se départit pas de sa méthode lors de son procès. Au lieu d’adopter une ligne de défense modeste, il chercha à déstabiliser ses jurés par ses remises en cause incessantes. Ultime provocation : lorsqu’on lui demanda quelle peine il méritait – comme c’était alors la coutume –, il réclama une pension à vie en récompense de son enseignement !

Une telle ironie ne pouvait qu’irriter un tribunal populaire, composé d’héliastes, c’est-à-dire de citoyens tirés au sort. Et c’est ainsi qu’il fut condamné à la peine de mort. Dans son Apologie de Socrate, Platon rapporte qu’en quittant son procès, juste après sa condamnation, Socrate se serait tourné vers ses juges en leur déclarant : « Il est temps de nous séparer, moi pour mourir, vous pour vivre. Qui de nous a le meilleur partage ? Personne ne le sait excepté Dieu. »

Au regard de la postérité, la réponse ne fait aucun doute. Socrate a perdu la vie, mais il a gagné la renommée universelle. Il est devenu le symbole, l’emblème de la liberté de penser. Il est ainsi devenu le héros tutélaire de la philosophie conçue comme pensée libre et critique.

Socrate inaugure en fait une longue tradition dans l’histoire de la pensée : celle de la méthode du doute. Le vrai philosophe n’est pas celui qui sait mais au contraire celui qui s’interroge sur son savoir, qui sait affronter l’incertitude là où l’esprit dogmatique croit détenir la vérité. Montaigne et son « que sais-je ? », Descartes et son « doute méthodique » s’inscrivent dans cette tradition.

Les présocratiques

Les « présocratiques » désignent les philosophes qui ont vécu avant Socrate (470-399) entre les viie et le ive siècle et qui sont aux origines de la philosophie. On peut les diviser en deux groupes principaux :

• Thalès, Anaximandre, Héraclite vivent sur les côtes et dans les îles proches de la Turquie actuelle (îles ioniennes, port de Milet). Ces philosophes « ioniens » s’interrogent sur l’origine du monde. « Tout cela a bien commencé par quelque chose ! » se demandent-ils. Pour Thalès tout vient de l’eau, pour Anaximandre de l’air, pour Héraclite du feu. Toutes ces explications sont de nature physique, on le voit, elles ne font pas appel aux dieux. Elles cherchent aussi à remonter de cause en cause en s’appuyant sur la raison et non sur des miracles.

• Pythagore, Parménide, Démocrite, Zénon d’Elée sont les « Italiques » (ils vivent dans le sud de l’Italie et la Sicile qui sont alors des provinces grecques). Leur pensée est plutôt tournée vers la métaphysique : l’étude de l’Être, du devenir, des nombres. Il s’oppose entrent ceux qui pensent qu’il existe des Êtres éternels, et ceux pour qui tout est mouvement. Entre les idéalistes pour qui il existe des idées pures et éternelles qui échappent à l’histoire à la corruption des choses matérielles. Et les matérialistes, qui, au contraire, pensent que tout en ce monde est matière.

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